État civil
Né Louis Émile Henri le 19/12/1862 à Fontenay-le-Comte (85) de Pascal Émile, propriétaire et de Louisa CATEL
Marié à Madeleine BAUTZ
Décédé le 16/04/1934 à Paris 16e à 71 ans
Carrière

Son dossier aux Archives nationales (Base Léonore)
À retrouver dans l’épisode :

Anecdote
Discours prononcé devant la cour de Cassation le 16/10/1934 :
Monsieur le conseiller honoraire Boucard a appartenu peu de temps à votre Cour. Il y fut admis alors que, déjà, il était sournoisement atteint par la maladie à laquelle il devait succomber et qui le contraignit à prendre sa retraite quelques mois après sa nomination parmi vous.
Si la maladie empêcha monsieur le conseiller Boucard de donner à la chambre criminelle, où fut affecté, toute sa mesure, il n’en fut pas moins un très distingué magistrat, un juge d’instruction de premier ordre et un président d’assises, un président de chambre de haute valeur et de grande allure.
Né à Fontenay-le-Comte en 1862, d’une très honorable famille de banquiers vendéens, Henri Boucard vint à Paris pour faire son droit. Il se sentit, tout de suite, ses titres conquis, attiré par la carrière de la magistrature. Attaché en 1887 au Parquet de la Seine, puis au Parquet de la cour de Paris, il fut nommé en 1889 juge suppléant à Chartres, et, en 1893, juge suppléant au tribunal de la Seine. Un an après, un décret lui confiait l’instruction. Juge d’instruction titulaire en 1906, conseiller à la cour d’appel de Paris, en 1917, vice-président de cette cour, en 1921, président de chambre trois ans après, il fut nommé conseiller à la Cour de cassation en 1929, obtenant ainsi légitimement la récompense désirée d’une prestigieuse carrière.
Les dates que je viens d’énoncer ne marquent que des étapes. Déjà, cependant, elles précisent que Henri Boucard a exercé pendant 23 ans les fonctions de juge d’instruction à Paris.
La précision n’est pas sans intérêt ; mais ce qui en a davantage, c’est la façon dont, pendant ces 23 années, votre collègue a rempli son difficile devoir. Un mot la qualifie, un mot qui peut paraître très laudatif, mais qui, à mon sens, est, ici, fort bien à sa place : monsieur Boucard a été un grand juge d’instruction. Chargé des plus graves, des plus lourdes et des plus délicates affaires, il les a toutes instruites avec une intelligence aiguë, un tact et une pondération remarquables. Qu’il s’agisse de l’affaire de la tiare de Saïtapharnès qui fit tant de bruit, du procès Syveton, des poursuites pour attentats anarchistes, des si nombreux homicides volontaires dont il eut à connaître, toujours il fit preuve des plus réelles qualités. Les notes de ses chefs en témoignent à chaque page de son dossier : « Magistrat d’une intelligence, d’une perspicacité hors de pair », disent-ils en 1910. « Monsieur Boucard appartient à la race des grands juges d’instruction, résolvant les problèmes de psychologie avec une finesse et un doigté merveilleux ! », ajoutent-ils en 1912. Et ils affirment en 1913 : « Monsieur Boucard est sans contestation le meilleur et le plus habile des juges d’instruction de la Seine ». Quel harmonieux et impressionnant concert de louanges ! Il justifie, me semble-t-il, la qualification de grand juge que j’ai donnée, il y a un instant, à votre collègue qui a laissé au Parquet de la Seine un nom et un exemple, à côté des meilleurs juges d’instruction des années passées.
Et comme président de cour d’assises ou président de chambre, monsieur Boucard mérita également de justes éloges. C’est dans ces dernières fonctions que j’ai eu l’honneur de le connaître et de siéger à côté de lui à la chambre des appels correctionnels qu’il présida longtemps. Je le vois encore droit sur son siège, un peu raide même, le visage énergique, éclairé par des yeux gris très vifs sous le lorgnon, l’air un peu sévère avec sa moustache assez épaisse et sa barbe blonde parsemée de fils d’argent ; il parlait d’une voix haute, claire, un peu autoritaire, articulant chaque mot ; il interrogeait avec intelligence, fermeté et netteté ; et il avait de l’esprit, un esprit de bon ton qui perçait fréquemment ; mais il s’abstenait de mots faciles, de ces mots qui, selon l’expression d’André Gide, se fanent dès qu’on les imprime.
Il avait aussi beaucoup d’autorité et imposait le respect ; un respect que personne ne lui marchandait, ni ses collègues, ni la barre. On l’a qualifié souvent de magistrat très parisien. Il l’était certainement, si l’on entend par là : magistrat fin, élégant et distingué, connaissant et comprenant la vie.
En dehors de l’audience, monsieur Boucard était pour ses collègues un président très affable et très simple. Aux suspensions, aux fins d’audiences, il aimait à se délasser dans des causeries cordiales et intimes. C’est à ces moments que les magistrats apprennent à se connaître, à se lier. Au cours de ces heures précieuses de la vie judiciaire, Henri Boucard rappelait volontiers ses anciennes fonctions de juge d’instruction, qu’il avait tant aimées. « Je suis un vieux magistrat », me disait-il un jour, « mais un magistrat qui a surtout été un juge d’instruction », appréciant ainsi lui-même, avec un peu de très légitime fierté, la phase dominante de sa belle carrière.
A toutes ses grandes qualités professionnelles, votre collègue joignait la plus délicate bonté. La Rochefoucauld, dans une de ses maximes si souvent amères, affirme que rien n’est plus rare que la vraie bonté. « Ceux qui croient en avoir, dit-il, n’ont d’ordinaire que de la complaisance et de la faiblesse ! » La bonté du président Boucard était sans complaisance et sans faiblesse. Tous ceux qui l’ont approché le savaient. Et le savaient aussi les nombreux égarés auxquels il a tendu une main discrètement et intelligemment secourable et qu’il a aidés à reprendre la voie droite de laquelle ils avaient pu momentanément s écarter.
Tel fut, messieurs, votre collègue, trop tôt séparé de vous par la maladie. Il s’est éteint, entouré de l’affection des siens, laissant à tous le souvenir d’un homme de bien, de personnalité marquante, d’un juge d’instruction de grande intelligence et de grand style et d’un magistrat du plus haut mérite.
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